Les traditions herboristes sont, en Afrique, plus nombreuses que dans n'importe quel autre continent.

Durant la période coloniale, ces pratiques médicinales furent réprimées, mais, aujourd'hui — revirement spectaculaire — des médecins travaillent souvent en étroite symbiose avec les guérisseurs.

L'USAGE THÉRAPEUTIQUE DES PLANTES MÉDICINALES remonte, en Afrique, aux temps les plus reculés. Les écrits égyptiens confirment que l'herboristerie était, depuis des millénaires, tenue en grande estime. Le papyrus Ebers (XVe siècle av.J.-C. ), un des plus anciens textes médicaux conservés, recense plus de 870 prescriptions et préparations, 700 plantes médicinales — dont la gentiane jaune {Gentiana lutea), l'aloès (Aloe vera) et le pavot {Papaver somnifemm). Il traite des affections bronchiques aux morsures de crocodile. Les techniques médicales mentionnées dans les différents manuscrits égyptiens constituent les bases de la pratique médicale classique en Grèce, à Rome et dans le monde arabe.

LE COMMERCE ET L'INFLUENCE ARABE

Les plantes médicinales ont fait l'objet d'échanges commerciaux entre le Proche-Orient, l'Inde et l'Afrique du Nord-Est depuis trois mille ans environ. Les plantes largement utilisées au Proche-Orient, telles que le balsamier (Cornmiphora molmol), provenaient, à l'origine, de Somalie et de la corne de l'Afrique.

Du V au XIIF siècle, les médecins arabes ont été à l'avant-garde des progrès médicaux et, au VIIIe siècle, l'expansion de la culture arabe en Afrique du Nord fut telle qu'on en ressent l'influence encore aujourd'hui. Au milieu du XIIIe siècle, le botaniste Ibn El Beitar publia un Materia medica qui élargit la gamme des plantes médicinales indigènes couramment utilisées.

LES ANCIENNES CROYANCES ET LES PLANTES INDIGÈNES

Dans les régions les plus reculées d'Afrique, les peuples nomades - Berbères, au Maroc, ouTopnaar, en Namibie - conservent des traditions herboristes ancestrales. Pour ces peuples, la guérison dépend d'un monde magique dans lequel les esprits influent sur la maladie et la mort. Dans la culture berbère, la possession par un djinn (esprit) est une cause principale de maladie ; le guérisseur prescrit des plantes aux propriétés «magiques» pour rétablir la santé. Si le patient ne guérit pas, on le soupçonne d'être victime du «mauvais oeil». Autrefois, les Topnaar utilisaient les rares plantes médicinales capables de pousser dans des conditions climatiques rigoureuses. Si aujourd'hui, ils ont largement adopté les habitudes occidentales, ils continuent cependant d'employer plusieurs plantes locales à des fins curatives.

Ainsi, la tige de l'algue Ecklonia maxima est grillée puis mélangée à des gels de pétrole, avant d'être appliquée sur les blessures et les brûlures. Quant au cactus tîoodia currori, on lui enlève ses épines et son enveloppe externe avant de le manger cru pour soigner toux et rhumes. Partout en Afrique, les marchés regorgent de milliers de plantes médicinales différentes, sauvages ou cultivées localement. Certaines sont prescrites comme remèdes à usage domestique. D'autres, comme  le kanna (Membryanthemum, spp.) et l'iboga (Tabemanthe iboga), sont mastiquées pour combattre la fatigue, et ingérées au cours de cérémonies rituelles. Selon des témoignages (au Congo et au Gabon), on découvrit l'effet hallucinogène de l'iboga en voyant des sangliers et des gorilles devenir fous furieux après en avoir mangé les racines.

SOINS TRADITIONNELS ET MÉDECINE MODERNE

La médecine occidentale est bien implantée dans toute l'Afrique, mais, dans les zones rurales éloignées des services médicaux et hospitaliers, la pratique traditionnelle règne en maître. Dans les villes, les services de santé sont limités et, dans ce cas, les guérisseurs traditionnels - prêtres, herboristes et sages-femmes — sont les seuls médecins. L'Organisation mondiale de la santé cherche à atteindre, pour l'an 2000, un niveau sanitaire permettant à chaque individu de mener une vie normale.

Dans cette perspective, les pays africains ont formé certains guérisseurs aux techniques modernes les plus simples et aux mesures d'hygiène élémentaires. Dans un centre de soins situé au Ghana, une équipe médicale travaille en symbiose avec des herboristes traditionnels, favorisant ainsi une pratique plus sûre de l'herboristerie tout en se livrant à des recherches approfondies.

Ce bol de divination nigérien servait aux guérisseurs traditionnels pour diagnostiquer la maladie, grâce à l'interprétation de signes magiques. Preuve incontestable d'un changement d'attitude remarquable ! Au XIXe siècle et pendant une bonne partie du XXe siècle, les gouvernements coloniaux et les missionnaires tenaient les herboristes africains pour des sorciers pratiquant la magie noire et voulaient interdire leurs remèdes et médications.

LA DECOUVERTE DE NOUVEAUX REMÈDES PAR LES PLANTES

Tout en encourageant une pratique plus sérieuse de l'herboristerie, certains centres médicaux se livrent à des recherches sur l'emploi des plantes. Les effets bénéfiques du pygéum (Pygeum africanum) ont été établis. Poussant en Angola, au Mozambique, au Cameroun et en brique du Sud, cet arbre était utilisé en Afrique centrale et méridionale pour soigner les douleurs urinaires. Il est aujourd'hui prescrit, en France et en Italie, contre les affections de la prostate. De plus, deux arbustes — Brideliaferruginea (Afrique de l'Ouest et de l'Est) et Indigofera arrecta (zones tropicales) - semblent avoir des effets bénéfiques sur le diabète. La revalorisation de l'herboristerie traditionnelle en Afrique pourrait aboutir à l'homologation de nouveaux médicaments à base de plantes. Aujourd'hui, la possibilité de concilier le meilleur de chaque discipline, traditionnelle et allopathique, est un grand progrès.