La phytothérapie déclina rapidement après 1907 aux Etats-Unis en raison de la décision prise par le gouvernement de limiter les subventions aux seules études médicales.

Depuis, au Canada comme aux Etats-Unis, la phytothérapie n'a survécu qu'en marge des services médicaux officiels. En effet, sa pratique est illégale sans qualification spéciale dans certains des Etats, et les écoles de médecine ne dispensent aucun cours sur les plantes.

Les plantes sont considérées comme source de nouvelles molécules pharmaceutiques plutôt que comme des remèdes à part entière. L'igname sauvage (Dioscorea viîlosa) en est un bon exemple. Utilisée au Mexique depuis l'époque aztèque, cette plante était connue pour ses propriétés antirhumatismales et analgésiques. En 1942, des chercheurs découvrirent qu'elle contenait un stéroïde, la diosgénine, ayant les mêmes effets que la progestérone. Dans les années 1950, les laboratoires Syntex produisirent la première pilule contraceptive avec la diosgénine, extraite de l'igname sauvage. On découvrit alors l'importance des plantes dans la mise au point des médicaments ainsi que la capacité de l'organisme à supporter des soins à base de plantes entières plutôt que des molécules isolées. ;

Depuis qu'en 1994 a été adoptée une législation libérale, les produits à base de plantes ont connu un succès foudroyant aux Etats-Unis. D'après le Los Angeles Times (31 août 1998), les ventes de millepertuis (Hypencum perfomtum) importants investissements, notamment par l'entremise du Centre américain des médecines complémentaires et alternatives. Pourtant, il peut être difficile de trouver un herboriste. Mais, la Guilde américaine des herboristes continue de former ses adhérents.

 Menacés, les peuples d'Amérique du Sud tentent, de nos jours, de survivre et de protéger leur culture, les soins par les plantes faisant partie intégrante de cette lutte.

La déforestation des forêts tropicales entraîne la disparition de milliers d'espèces de plantes, dont certaines auraient pu servir de remèdes.

LA PHYTOTHÉRAPIE SUD-AMÉRICAINE est faite de rituels chamaniques et de plantes nombreuses mais pas encore totalement répertoriées, protégées par la densité de la forêt tropicale humide. Il ne s'agit pourtant là que de deux facettes de la tradition herboriste des régions de l'Amazone et de l'Orénoque. Dans d'autres régions — le plateau andin de Bolivie, les plaines humides du Paraguay et les grandes villes, telles que Rio de Janeiro -, la réalité est très différente.

UNE FLORE MÉDICINALE ABONDANTE

Depuis la conquête espagnole, au début du XVIe siècle, les auteurs européens ont insisté sur l'immense variété de plantes médicinales en usage chez les Indiens. La plus importante de ces plantes, le ) quinquina {Cinchona spp.), est un fébrifuge traditionnel en pays andin, qui fut découvert par les Espagnols vers 1630. Produite à partir de cette plante, la quinine fut pendant trois siècles le meilleur traitement contre le paludisme. Parmi les autres plantes importantes originaires d'Amérique du Sud, on trouve la pomme de terre {Solanum tuberosum), dont les Incas cultivaient plus de soixante variétés différentes. Servant à de nombreux usages, elle est particulièrement efficace en cataplasme pour les affections de la peau. L'ipéca (Cephaelis ipecacuanha était employé au Brésil pour soigner la dysenterie amibienne - aujourd'hui, il entre dans les préparations antitussives. Le maté (Ilex paraguariensis), originaire de l'ouest du continent, donne un breuvage stimulant, préparé et consommé comme le thé. Il est devenu si populaire qu'il est cultivé en Espagne et au Portugal. Depuis les années 1950, certains ethnobotanistes ont étudié les tribus indigènes, notamment en Amazonie, qui détiennent un savoir thérapeutique très développé. Leurs travaux ont fourni une abondante moisson de connaissances en matière d'espèces locales.

Ainsi, la pareire {Chondrodendron tomentosum), plante grimpante des forêts tropicales, produit le curare. Ce poison utilisé pour la chasse est, sous sa forme curauve, un remède contre les hématomes et la démence. Malheureusement, la pharmacopée traditionnelle de ces communautés indigènes est désormais menacée par la déforestation entreprise dans les zones tropicales humides.

LES REMÈDES PSYCHOTROPES

Réputé en Occident pour la cocaïne qu'on en extrait, le coca (Erythroxylum coca) constitue, en Amérique du Sud, un remède important pour soigner les nausées, les vomissements, les affections dentaires et l'asthme. Il est, d'autre part, intimement lié à la culture traditionnelle des peuples amazoniens et andins.

De nombreux
mythes évoquent les origines anciennes et sacrées du coca en Amérique du Sud les feuilles de coca, mélangées à du citron vert et mastiquées, réduisent l'appétit et stimulent l'endurance; billes sont aussi utilisées lors des rites.

Dans ces sociétés, les chamans consomment des plantes hallucinogènes, en premier lieu l'ayahuasca (Bamstenopsis caapi) Ce «remède» puissant leur permet de I communiquer avec le monde des esprits et de guérir les patients.

L'INFLUENCE DES EUROPÉENS

L'herboristerie associe souvent les traditions espagnoles et locales dans I les régions plus occidentalisées d'Amérique du Sud (c'est également le cas en Amérique centrale) II existe de grands marchés aux plantes dans certaines villes comme La Paz et Quito, qui offrent une étonnante variété de plantes indigènes et européennes En Equateur, on trouve aussi bien de l'anis (Pimpmella amsum) - remède d'origine méditerranéenne contre les coliques - qu'une plante médicinale indigène rare comme l'arquitecta (Culatmm | reflexum), plante diurétique et purifiante traditionnellement utilisée dans le traitement des intoxications et des infections, dont la syphilis.

RECHERCHES ET ESPOIRS NOUVEAUX

Les recherches faites sur les plantes indigènes ont conduit à utiliser certaines d'entre elles en médecine Au Brésil, des travaux sur lelapacho (Tabebwa impetiginosa) ont mis en évidence son potentiel thérapeutique dans le cas des intoxications fongiques, des inflammations cervicales, du virus d'immunodéficience humaine (VIH) et du cancer En dépit des controverses sur son efficacité contre le cancer, le lapacho est couramment prescrit par les médecins Les recherches sur les plantes s'amplifient, notamment dans des centres hospitaliers comme ceux de Belém, au nord-est du Brésil, et de Bogota en Colombie L'impact de ces études est important pour le monde entier A la différence des industriels, les chercheurs colombiens tentent de mettre au point des remèdes à base de simples extraits, qui se révéleraient plus efficaces que les molécules isolées qui entrent dans la composition des médicaments