Presque toutes les connaissances en herboristerie i que possédaient les Aborigènes d'Australie ont disparu ] à l'arrivée des Européens. Aussi, dans cette région, les phytothérapies contemporaines proviennent d'Occident, de Chine et, de plus en plus, d'autres pays d'Océanie.

BERCEAU DE LA PLUS VIEILLE CULTURE EXISTANTE AU MONDE, l'Australie abrite également une tradition herboriste très ancienne. Les aborigènes, installés dans l'île depuis plus de 60 000 ans, ont acquis des connaissances précises sur des plantes dont la plupart, tel que l'eucalyptus (Eucalyptus globulus, p. 98), ne se trouvaient à l'origine qu'en Australie. Si ce savoir a disparu avec leurs dépositaires, l'intérêt pour les traditions herboristes locales s'est cependant maintenu.

L'HERBORISTERIE DES ABORIGÈNES

Les aborigènes étaient probablement en meilleure santé que les colons européens qui les chassèrent. Leurs conceptions en matière de santé, d'affections et de maladies étaient très particulières car l'influence du monde spirituel y occupait une place centrale.

A l'instar des autres sociétés de chasseurs-cueilleurs, les Aborigènes consacraient beaucoup de temps aux cérémonies rituelles, renforçant ainsi le sentiment d'appartenance à l'espace et du sens de la vie chez chaque individu. Ils utilisaient les plantes médicinales et l'imposition des mains en un mélange complexe de culture et de médecine. L'arrivée des Européens fut, à la fin du XVIIF siècle, désastreuse pour eux. Chassés de leur territoire, les Aborigènes furent décimés par les maladies infectieuses importées d'Occident.

La plupart des traditions herboristes furent perdues lors de la dispersion des tribus et à la disparition des anciens. Néanmoins, la médecine aborigène n'est pas totalement oubliée. Les plantes aromatiques, telles que l'eucalyptus, étaient souvent pilées et inhalées pour soigner de nombreuses affections bénignes et les troubles respiratoires comme la grippe. Les Aborigènes ignoraient la technique des métaux et ne savaient pas faire bouillir l'eau, aussi préparaient-ils des décoctions qu'ils réchauffaient à l'aide de pierres chaudes. Ces décoctions étaient ingérées ou appliquées par voie externe.

Les éruptions cutanées (furoncles, gale) étaient soignées avec l'acacia (Acacia, spp.) et les diarrhées aiguës avec l'eucalyptus ou le kino (Pterocarpus marsupium). Contre les fièvres, on employait une écorce fébrifuge, l'alstonia (Alstonia, spp.).

PLANTES INDIGÈNES ET ÉTRANGÈRES

Au cours des deux derniers siècles, bien des plantes australiennes ont été plantées dans le monde entier. Les recherches menées sur les écorces fébrifuges ont abouti à la découverte de la réserpine, alcaloïde doté de remarquables propriétés hypotensives. Cette substance est désormais prescrite tant par les herboristes que par les médecins.

L'eucalyptus et l'arbre à thé (Melaleuca alternifolia) produisent des huiles essentielles employées comme antiseptiques.

D'autres plantes médicinales australiennes font désormais partie de la  pharmacopée universelle - par exemple, l'hydrocotyle asiatique (Çentella asiatica) et la khella (Ammi visnaga), dont l'histoire se perd dans la nuit des temps en Inde et au Proche-Orient.

De leur côté, les Britanniques importèrent des plantes d'Europe, comme la verveine (Verbena offidnalis), l'aubépine (Crataegus spp.), le bouillon-blanc (Verbascum thapsus) et le pissenlit (Taraxacum officinale). D'autres plantes, originaires d'Amérique, se sont acclimatées, tels la figue de Barbarie {Opuntia ficus-indica) et le pulicaire du Canada (Erigeron canadensis). Ces plantes sont désormais employées par les herboristes australiens.

L'INFLUENCE CHINOISE

La médecine chinoise a beaucoup influencé l'herboristerie australienne. Au XIXe siècle, avec l'arrivée des immigrants chinois, les préparations à base de plantes acquirent une réputation d'efficacité et la médecine chinoise eut dans toutes les grandes villes un nombre d'adeptes peu nombreux mais fidèles. Dans les années 1980, la médecine naturelle retrouva son essor.

Aujourd'hui, trois écoles de médecine chinoise se sont implantées en Australie : elle prescrivent . des plantes désormais utilisées par les herboristes australiens et des remèdes disponibles dans les magasins d'alimentation biologique.

L'AVENIR

Avec l'adoption d'une législation éclairée en 1989, la médecine traditionnelle devient une industrie florissante en Australie. La qualité des remèdes requise pour la vente libre s'est élevée, de nombreux produits nouveaux ont été mis au point, et la formation des herboristes est devenue rigoureuse. Aussi les Australiens ont-ils la chance de trouver sur le marché des produits très sophistiqués pour élaborer leurs médications. Les cultures de plantes médicinales se développent, en particulier celles de l'arbre à thé (Melaleuca altemifolia) et du pavot à opium (Papaver somniferum). En Tasmanie, on tente d'acclimater le ginseng (Panax ginseng) et l'hydraste du Canada (Hydrastis canadensis), deux plantes particulièrement difficiles à cultiver.

Comme offrande, on le lançait au vent et dans l'eau pour affaiblir les orages, on l'éparpillait dans des zones de pêche pour augmenter les prises et on l'offrait à l'air en signe de reconnaissance pour avoir échappé à un danger» (VirgilVogel, La médecine amérindienne, 1970).

LES COLONS EUROPEENS

Les premiers colons européens qui débarquèrent en Amérique du Nord au début du XVIIe siècle ne voyaient que sauvagerie primitive dans les pratiques médicales indigènes. Ils comptaient largement sur la résistance des plantes importées ou des espèces européennes pour les acclimater dans l'est de l'Amérique du Nord. Ecorce d'hamaméhs Au fil des années, toutefois, grâce aux contacts sans cesse plus étroits, les colons unirent par respecter le savoir médical des Indiens dont les plantes et les remèdes furent même adoptés par certains colons. Dans un ouvrage intitulé Notes sur la colonisation et les guerres indiennes (1876),Joseph Doddridge rapporte que l'écorce de noyer cendré (Juglans dnerea) était pelée de haut en bas quand elle devait servir de laxatif (la purge des intestins étant une action dirigée « vers le bas ») et de bas en haut pour un usage émétique (le vomissement constituant une action dirigée «vers le haut»).

Les méthodes thérapeutiques indiennes connurent une grande popularité.Vers la fin du XVIIIe siècle, Samuel Thomson (1769-1843) mit au point un régime curatif simple, fondé SUIT leurs pratiques, ce qu'il ne reconnut jamais malgré d'évidentes similitudes : utilisation de substances émétiques, purgatives et stimulantes, importance des bains de vapeur (il utilisa les tentes de sudation en usage chez les Indiens), connaissance approfondie des plantes américaines. Thomson considérait que «toutes les affections sont causées par le froid». Ses deux plantes favorites — le poivre, plante stimulante, et la lobélie, émétique, sédative et tonifiante — avaient la propriété d'élever la température du corps et de dilater les vaisseaux sanguins. Elles accroissaient aussi la lésistance aux infections et accéléraient la cicatrisation.

L'ÉCLECTISME ET SON INFLUENCE

Le mariage fécond entre les phytothérapies indienne et européenne donna naissance à des systèmes plus élaborés, tels que l'éclectisme, fondé au cours des années 1830 parle docteur WoosterBeech (1794-1868). Ce dernier étudia également la médecine traditionnelle et tenta d'associer les connaissances les plus récentes en matière de physiologie et de pathologie à la quintessence de la phytothérapie. Il rejetait les théories de Thomson trop simplistes, et cherchait à trouver les plus faibles dosages possibles pour obtenir de bons résultats. Son approche obtint un tel succès qu'en 1909, l'éclectisme rassembla plus de 8 000 membres. Un autre courant médical, le physiomédicalisme, fut inspiré par les théories de Thomson (Samuel Thomson qui inspira, au xix' siècle, les physiomédicalistes, se fit le défenseur des remèdes indigènes américains.) et influencé par l'éclectisme. Employant de nombreuses plantes, les physiomédicalistes cherchaient à harmoniser «les tissus organiques et la force vitale» afin de restaurer l'équilibre dans le corps. Convaincus que Festomac était la source des maladies, ils employaient des plantes émétiques, comme le vératre {Phytolacca decandra), pour purger cet organe. D'autres plantes, telles que l'échinacée (Echinacea spp.) - un excellent immunostimulant — et l'hydraste du Canada (Hydrastis canadensis), tonique et anti-inflammatoire, étaient prescrites pour la convalescence. L'igname pousse au Mexique. Son rhizome est un dcconiractant musculaire employé comme antispasmodique.

La seconde moitié du XIXe siècle fut une période faste pour la médecine naturelle aux Etats-Unis. Elle donna naissance à l'ostéopathie et à la chiropraxie et son influence sur l'herboristerie |en Grande-Bretagne fut telle que le physiomédicalisme devint une tradition herboriste anglo-américaine. Aujourd'hui, les herboristes britanniques utilisent toujours une plus grande variété de plantes médicinales nord-américaines que leurs homologues européens.