Rétrospectivement, il semble que la nouvelle science médicale n'a pu s'affirmer qu'en rompant avec lamédecine traditionnelle. Or, celle-ci, bien que manquant de bases scientifiques, a toujours été très en avance

sur la science médicale dans sa manière de traiter les maladies.

Dans un ouvrage intitulé
La Médecine des Indiens d'Amérique (1970), l'Américain VirgilVogel donne un bon exemple d'une médecine «ignorante» mais supérieure en matière de soins :

«Durant le rude hiver de 1535-1536, les trois bateaux de Jacques Cartier ont rapidement été pris dans les glaces du Saint-Laurent, près de Montréal. Isolé sous quatre pieds de neige, l'équipage composé de 110 hommes a survécu grâce aux vivres conservées dans les cales des embarcations. Bientôt, le scorbut sévit parmi eux et, vers le mois de mars, 25 hommes étaient morts et les autres, sauf 3 ou 4, étaient si malades qu'ils n'avaient plus aucun espoir de guérison. Comme la crise s'aggravait, Cartier eut la bonne idée de faire appel au chef indien local, Domagaia, qui, victime de la même affliction, s'était guéri grâce au "jus d'un certain arbre". Les femmes

indiennes récoltèrent des branches de l'arbre magique, "faisant bouillir l'écorce et les feuilles pour préparer une décoction, et plaçant les lies sur les jambes ".Tous ceux qui furent soignés de cette manière recouvrèrent rapidement la santé et les Français s'émerveillèrent des connaissances médicales des indigènes. »

Naturellement, les Indiens n'avaient jamais entendu parler de carence en vitamine C, qui provoque le scorbut, et encore moins auraient-ils pu expliquer en termes rationnels pourquoi leur remède était efficace.

En effet, il faut attendre 1753 pour que James Lind (1716-1794), un chirurgien en service dans la marine anglaise, s'inspire du récit de Cartier dans un ouvrage intitulé le Traité du scorbut pour signaler que la maladie Masque d'un chaman indien du nord-ouest de l'Amérique. Les remèdes des guérisseurs indiens étaient bien souvent supérieurs à ceux des Européens. 25 pouvait être évitée en mangeant des légumes verts frais, et des fruits, et que l'absence de ces denrées dans l'alimentation était responsable du scorbut.

Ces travaux constituent un bel exemple de ce que l'on peut faire en associant une approche scientifique à la connaissance des plantes.